Comment les stations de ski s’adaptent à la crise énergétique

Lyon (Rhône)

De notre correspondante régionale

Ralentir la vitesse des télésièges, former les pilotes d’appareils à l’écoconduite, augmenter le prix des forfaits de ski… « Voilà les choix que nous avons dû faire pour essayer de compenser, en partie, la hausse des prix de l’énergie ! », confie Didier Bobillier, président de la Société des remontées mécaniques des domaines des Ménuires-Saint-Martin-de-Belleville (Savoie).

Après deux années marquées par la pandémie de Covid-19, les stations de ski sont à leur tour confrontées à la nouvelle équation : la flambée des prix de l’électricité, qui représente entre 3 et 5 % de leurs dépenses, essentiellement pour le fonctionnement des télésièges, télécabines, téléskis et la production de neige de culture. Le mégawattheure produit est passé de 50 € en 2019 à près de 550 € en cette fin d’année.

Alors que la saison de ski est sur le point d’être lancée – Val Thorens (Savoie) ouvre le bal le samedi 26 novembre –, les stations gardent confiance : malgré l’inflation, elles enregistrent une hausse de 7 % des réservations à date par rapport à l’année dernière, et les prix se sont stabilisés au moment où certaines devaient renouveler leur contrat d’électricité (le MWh avait atteint 1 000 € au mois d’août avant de redescendre).

« Les domaines sont donc finalement assurés de pouvoir ouvrir, explique Laurent Reynaud, délégué général de Domaines skiables de France. Mais l’objectif de sobriété fixé par le gouvernement et la nécessité d’absorber une facture qui s’annonce particulièrement élevée nécessitent que chacun mette en place une stratégie d’adaptation. »

La majorité des stations a opté pour le ralentissement des remontées mécaniques, en formant les conducteurs ou en faisant appel à de nouveaux systèmes automatiques. « L’objectif c’est de faire des économies sans altérer l’expérience du client : cela correspond, par exemple, à une minute supplémentaire sur un trajet de 7 ou 8 minutes », précise Didier Bobillier.

Un choix auquel s’ajoute une série d’efforts déclinés par les stations : un travail sur les cabanes des professionnels en bas des pistes, où peuvent être installés une meilleure isolation, un ensemble de capteurs coupant le chauffage lorsque la porte est ouverte, des systèmes de dégivrage pour optimiser la performance des appareils, une production d’énergies renouvelables sur site… « Une partie de ces mesures figurait dans le socle d’éco-engagements mis en place depuis plusieurs années, rappelle Laurent Reynaud, mais nous devons les accélérer pour atteindre, au moins, une baisse de notre consommation de 10 %. »

D’autres stratégies seront probablement plus perceptibles aux yeux des touristes, en pleine inflation, comme l’augmentation du tarif des forfaits : sur le domaine des 3 Vallées, la hausse tourne autour de 9 %, portant le prix d’une journée de ski, pour un adulte seul, à 72 €, Val Thorens proposant 63 €, et les Ménuires 58 €. « Mais c’est bien moins que ce qui était imaginé et cela concerne seulement quelques domaines, car la majorité a voté ses tarifs plus tôt dans l’année, en les indexant seulement sur l’inflation », tient à rappeler Jean-Luc Boch, président de l’Association nationale des maires de stations de montagne et maire de La Plagne.

Dans les Pyrénées, les domaines plus fragiles ont opté pour une réduction des services : à Puigmal, les remontées mécaniques resteront à l’arrêt les lundis, mardis et mercredis, hors vacances scolaires. La station de Peyragudes, elle, raccourcit sa saison : elle fermera dès le 26 mars 2023, au lieu de début avril.

La situation sera-t-elle, en plus, aggravée par les conditions météorologiques ? Les premiers flocons, tombés en faible quantité, ont fondu en raison du retour de la douceur, ce qui a contraint Val Thorens à repousser son ouverture et l’hiver froid et sec qui s’annonce pourrait ne pas être favorable à un bon enneigement.

Or, la production de neige de culture est elle aussi un haut poste de dépense énergétique. Les stations préfèrent y voir un autre levier d’optimisation, grâce aux dameuses équipées de GPS ou capteurs de hauteur de neige, comme aux Orres, et au renouvellement du matériel permettant de réduire la consommation d’air, et donc d’énergie.

Jean-Luc Bloch, qui rappelle que les collectivités font aussi leur part du travail sur la consommation, estime que 30 % des stations ne sont pas vraiment sécurisées : « Elles ouvriront dans des conditions satisfaisantes pour les touristes, mais elles perdront de l’argent. » Et Laurent Reynaud de compléter : « On y voit plus clair qu’à la fin de l’été et on peut déjà affirmer que l’objectif de sobriété sera atteint, mais il reste un écart à combler : nous attendons que le gouvernement se prononce sur un accompagnement spécifique pour les stations de ski en difficulté. »

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