La « bassine » de Sainte-Soline : les factieux à la manœuvre


Publié le 25 novembre 2022




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Sans eau, il n’y a pas d’agriculture – de production alimentaire pour l’Homme et les animaux (qui, en majorité, nous nourrissent à leur tour) ou à d’autres fins. Depuis des millénaires, l’irrigation est pratiquée là où elle est nécessaire ou utile, et possible, en prélevant l’eau dans le milieu directement ou après stockage.

Les « bassines » du Val de Sèvre – devenues « méga-bassines » dans le discours militant-militant et médiatique-militant ou médiatique-indigent – sont des « retenues de substitution » (ou des « réserves de substitution ») dans le langage non connoté.

On trouvera plus d’explications dans les magnifiques fils Twitter de Terre à Terre.

Et « La réserve de substitution : kesako ? » vous livrera l’expérience d’une agricultrice connectée à une « bassine » en Vendée.

Compte tenu de la topographie et de la nature des sols, ce sont des bassins pour partie creusés et pour partie surélevés, étanchéifiés par une bâche. Ils sont remplis quand l’eau est abondante (et part pour partie à la mer), en hiver, par pompage dans le milieu, essentiellement dans les nappes phréatiques. L’eau sert à l’irrigation pendant la saison de végétation, en été, en substitution de pompages réalisés actuellement, quand le niveau des cours d’eau et des nappes est faible.

Cette description simple suffit à elle seule à illustrer l’intérêt de ces projets d’aménagement. Intérêt aussi démontré dans un rapport rendu public le 7 juillet 2022 du Bureau de recherches géologiques et minières de Nouvelle-Aquitaine.

Les « bassines » sont intégrées dans un « projet de territoire bassin de la Sèvre Niortaise – Marais poitevin » et un « contrat territorial de gestion quantitative (CTGQ) Sèvre Niortaise – Mignon 2018-2022 ».

Comme tout projet d’aménagement, les « bassines » ont été très contestées mais elles ont aussi fait l’objet d’une concertation qui a abouti le 18 décembre 2018 à un accord des parties prenantes moyennant un réaménagement et des engagements pris par les agriculteurs concernés.

Mme Delphine Batho s’était félicitée de cet accord en son temps et avait publié les détails des avancées. Elle a changé d’avis depuis : on a dû la bassiner à cette fin…

Il y a eu des jusqu’au-boutistes, dont… la Confédération paysanne censée défendre les intérêts des agriculteurs. Et c’est ainsi qu’on en est arrivé à une guérilla judiciaire et aux « manifestations ».

 

Les arguments de l’écodébilité

Il serait fastidieux de passer en revue les arguments des opposants aux « bassines » qui, à l’évidence, doivent être simples, sinon simplistes, et percutants quels que soient leur pertinence et leurs liens avec la réalité.

Mais prenons un exemple : « Paysans, nous sommes résolument contre les mégabassines » proclament dans Reporterre le supplétif de l’altermondialisme – j’ai nommé la Confédération Paysanne – et « 150 associations ». En bref, « [i]ls appellent à transformer nos pratiques agricoles pour préserver la nature et non l’exploiter» On ne sort pas des incantations !

Premier élément dans le gloubi-boulga argumentatif, on aurait « fait croire qu’elles [les bassines] se remplissaient avec de l’eau de pluie, sans pompage dans les nappes phréatiques ! »

En réalité, et Reporterre l’a relevé dans une note en bas de page, l’ancien ministre de l’Agriculture Julien Denormandie avait déclaré que « le projet de bassines consiste à récupérer les eaux issues des pluies diluviennes de l’hiver pour les dédier à l’irrigation agricole » (c’est nous qui graissons).

On a un condensé de la « pensée » anti-bassines avec : « Ces dispositifs privatisent en réalité un bien commun au profit d’une minorité d’agriculteurs inféodés au système agro-industriel ».

Mais la pompe individuelle qui prélève l’eau de la nappe en été « privatise » aussi « un bien commun », lequel peut avoir vocation d’être ainsi privatisé – contre redevances – pour répondre à des intérêts économiques, ici dans l’intérêt public, à savoir la production agricole et alimentaire. Rien de neuf non plus pour la « minorité d’agriculteurs », aucun aménagement d’irrigation n’étant en mesure de s’étendre à tous. Et avec l’inféodation « au système agro-industriel » on tombe dans la contestation des éléments fondamentaux de notre société.

Ces gens osent même affirmer que « [c]ette privatisation se fait de plus au détriment de notre souveraineté alimentaire » !

L’explication tient à un autre épouvantail, le fabuleux, le vraiment fabuleux maïs :

« L’eau pompée dans les nappes phréatiques pour les mégabassines est destinée avant tout à l’irrigation du maïs, inadapté à nos régions et cultivé en partie pour être exporté ou vendu aux producteurs d’aliments industriels. »

Cela se passe de commentaire. Mais ajoutons qu’ils reprochent aussi au maïs de produire « des céréales en quantité pharaonique » – plus précisément au « tout maïs [qui] est l’incarnation d’un système absurde écologiquement et économiquement » (et qui est du reste rare en pratique)…

On peut continuer ainsi ad nauseam. Le tribunal de l’opinion dite publique voit aussi défiler des gens plus ou moins connus, en mal de notoriété ou soucieux de leur influence pour dézinguer les retenues de substitution ou simplement susciter le doute, prélude à un « alors, ne faisons rien, arrêtons tout ». Avec parfois des arguments qui laissent pantois. On en trouvera un petit florilège sur mon blog.

 

La montée des factieux

 

Les/des opposants aux « bassines » ont donc organisé des « manifestations » les 30 et 31 octobre 2022 à Sainte-Soline, avec l’objectif à peine voilé de pénétrer dans le chantier et de perpétrer quelques actes de vandalisme. Le succès a été au rendez-vous : un morceau de canalisation a été scié à la disqueuse et porté en triomphe… sauf que c’est un élément du système d’irrigation d’un agriculteur et non un élément de la future alimentation de la « bassine ».

Les « manifestations » ont été interdites par la préfète des Deux-Sèvres. Les organisateurs ont décidé de passer outre et ont publié une tribune dans Libération, « Méga-bassine à Sainte-Soline : malgré l’interdiction de manifester, la mobilisation continue », contresignée par « près de 200 personnalités du monde politique, syndical, associatif ». On peut le dire autrement : Libé a publié…

« Un référé liberté va être déposé contre ces arrêtés par la CGT et Solidaires (qui portaient la déclaration de manifestation). […] Par cette tribune nous signifions notre entier soutien aux collectifs et organisations signataires de l’appel à mobilisation et ré-affirmons la primauté de la liberté fondamentale de manifester. »

La justice a confirmé l’interdiction. Notons que Libération n’a pas jugé bon d’en faire état alors qu’il a fait une couverture extensive des événements. On appelle ça de l’« information de qualité ».

On connaît la suite…

Une recherche rapide dans la tribune (à laquelle échappent ceux qui n’auront pas précisé leur affiliation) nous donne… 101 députés, 74 NUPES/FI et 27 EÉLV. Il y a aussi 18 avocats, essentiellement de Paris et de la Couronne, pour plaider la primauté du droit de manifester sur l’ordre et la sécurité publiques et la protection des biens et des personnes – mais tout se plaide, n’est-il pas ?

Il se sera donc trouvé tout ce beau monde, la grande majorité chargés de voter les lois, pour appeler à violer les lois de la République et, comme c’était à prévoir, à cautionner les troubles à l’ordre public – y compris par des tirs de mortiers et le jet de cocktails Molotov, de boules de pétanque et de cailloux ramassés sur place contre les forces de l’ordre.

Et lors de la manifestation de samedi, on a vu parader des participants ceints d’une écharpe tricolore, voire dans le cas de Mme Lisa Belluco, députée ECO de la Vienne, provoquer les forces de l’ordre, pour ensuite prétendre avoir été bousculée et frappée et porter plainte…

Il s’ensuivit un feu d’artifice de réactions outrées – contre les autorités et en particulier le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin – sur les réseaux sociaux et dans des médias complaisants, plus préoccupés par le buzz que par la qualité de l’information et, surtout, la déontologie journalistique.

Ce fut aussi un concours d’outrances – qui semble s’être un peu calmé après l’incroyable sortie du député Rassemblement national Grégoire de Fournas.

Le monde agricole – mais pas que – a aussi été victime des querelles inter- et intra-partisanes, des coups d’éclat médiatiques et des concours d’egos.

Les mots ont un sens, surtout par les temps qui courent : l’« écologie de combat » de Mme Sandrine Rousseau est susceptible de constituer un appel à toutes formes d’actions et d’atteintes graves au vivre ensemble.

Notons que les défenseurs des réserves de substitution et plus généralement de l’agriculture (la production alimentaire, etc.) ont été notablement absents.

 

Le piège des factieux

Les déclarations enflammées s’inscrivent en droite ligne dans la stratégie déployée par une partie de la NUPES dans les médias, sur les réseaux sociaux et dans une Assemblée nationale de plus en plus tumultueuse et guignolesque.

Revenons un instant sur la procédure de référé introduite par, en quelque sorte, deux syndicats prête-noms, tout de même assistés par l’avocat habituel des opposants aux bassines. La Nouvelle République écrit :

« Ce tour de passe-passe n’est pas innocent : il vise par avance à rendre caduc l’argument principal de la préfète, le risque de trouble à l’ordre public […] jamais les deux syndicats, habitués des manifestations, toujours autorisées, n’ont été mis en cause dans ces possibles délits. »

Mais que plaidaient-ils, notamment :

« Il [l’avocat] conteste aussi l’argument selon lequel la préfecture serait dans l’incapacité d’assurer le maintien de l’ordre : « La presse nous annonce 1600 à 1700 gendarmes déployés sur place, plus huit hélicoptères dans le ciel ! » »

C’est « pile, je gagne ; face, tu perds »…

La signature d’une tribune appelant implicitement, sinon plus, à passer outre aux arrêtés préfectoraux était déjà un acte d’insubordination par rapport aux lois de la République. Le port de l’écharpe dans une manifestation interdite ajoute une atteinte grave à l’un des grands symboles de la République.

 

Que peut faire le gouvernement ?

Le gouvernement n’a pas été d’une grande clarté.

Nous avons un gros problème quand, le samedi 29 octobre 2022, au matin, l’invité du weekend de France Inter, Christophe Béchu, ministre de la Transition écologique, déclare que « la mobilisation se comprend dans la finalité » et que « les manifestants dénoncent « quelque chose de juste » ». Il a tenu par ailleurs des propos qui ne débordaient pas d’enthousiasme pour des aménagements s’inscrivant pourtant dans une transition écologique.

Le ministre de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire Marc Fesneau n’a pas été très loquace en amont de la manifestation. Et pour ses déclarations d’après, les médias ont surtout relevé sa condamnation de la violence.

La Première ministre Élisabeth Borne s’est aussi fait attendre : il a fallu une interpellation au Sénat, mercredi 2 octobre 2022. On peut ne pas aimer M. Emmanuel Valls, mais il se serait sans doute exprimé sans attendre.

 

Dans le cas des députés, que peuvent faire le Bureau de l’Assemblée Nationale et les partis qui ne sont pas en cause ?

Imposer des sanctions serait interprété comme un aveu de faiblesse, une tentative de museler une opposition qui ne manquera pas de prendre la posture du martyr et de redoubler d’outrances contre le président de la République, le gouvernement et le groupe parlementaire majoritaire ne disposant pas d’une majorité de gouvernement.

Ne rien faire, c’est tolérer, implicitement cautionner une inquiétante dérive, une modulation des valeurs républicaines par des individus et des groupes en fonction de ce qui leur plaît, ou ne plaît pas.

 

Quand les bornes sont dépassées, il n’y a plus de limite

On peut craindre que le gouvernement choisisse la deuxième option au risque de l’escalade. Deux semaines après les « manifestations » et les débordements sur place et dans les médias et sur les réseaux sociaux, on est passé à autre chose.

Les atermoiements du gouvernement, dont seul M. Gérald Darmanin était en première ligne, et le soutien des NUPES-FI et EÉLV ont déjà produit leurs fruits : le mercredi 2 novembre 2022, écrit par exemple Le Monde (c’est nous qui graissons), où ça ?

« Des représentants du collectif Bassines non merci, des Soulèvements de la terre et des « 150 composantes » qui soutiennent le mouvement sont revenus aux abords du chantier, mercredi 2 novembre, pour fixer un « ultimatum » à l’État : l’arrêt immédiat des travaux à Sainte-Soline, la suspension du projet de création de seize réserves sur les bassins de la Sèvre niortaise et du Mignon (Deux-Sèvres, Charente-Maritime et Vienne) et « la prise d’un moratoire national sur le stockage de l’eau [à usage agricole] en France ». »

Dans une analyse fort pertinente faite à C à Vous le mercredi 3 novembre 2022, Mme Christiane Lambert, présidente de la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA), relevait que dans la « manifestation » de Sainte-Soline, on voulait un mort, un Sivens bis.

Les images diffusées par la gendarmerie nationale montrent que ce mort aurait pu se trouver du côté des forces de l’ordre. En d’autres termes, on est au bord de l’insurrection.

La France est dans de beaux draps.

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