Le couple franco-allemand en quête de réconciliation

Au moment où les États attendent beaucoup de l’Union européenne, Paris et Berlin travaillent à apaiser les tensions. La première ministre Élisabeth Borne se rend ce vendredi 25 novembre à Berlin pour rencontrer le chancelier Olaf Scholz. « Il s’agit de préparer les grandes échéances européennes à venir, dans un contexte où les deux pays ont une responsabilité historique, du fait de la guerre en cours et de la crise énergétique », juge Matignon.

Cette visite a été précédée d’intenses consultations : Robert Habeck, ministre allemand de l’économie, Christian Lindner aux finances et Annalena Baerbock, ministre des affaires étrangères, sont tous les trois venus à Paris cette semaine pour voir leurs homologues.

Ces derniers mois ont en effet vu les sujets de friction se multiplier. Au point que le conseil des ministres franco-allemand a dû être renvoyé par deux fois. Un premier différend est désormais en voie de règlement : Airbus et Dassault ont dit être sur le point de conclure un accord industriel afin de construire ensemble le Scaf, l’avion de chasse européen du futur, un programme essentiel pour la souveraineté européenne en matière de défense.

L’Allemagne prête à payer le gaz au prix fort

Les désaccords entre Paris et Berlin sont aussi venus du bouclier énergétique allemand de 200 milliards d’euros, annoncé de façon unilatérale. La France demande plutôt des mesures européennes pour limiter l’envolée des prix de l’électricité, insistant sur l’urgence à traiter ce problème. Mais l’Allemagne freine.

Aujourd’hui, la hausse vient surtout de la flambée du gaz. La France promeut un mécanisme dit « ibérique », qui reviendrait à limiter le prix du gaz utilisé pour produire de l’électricité. « Mais l’Allemagne est réservée : elle considère que le marché fonctionne bien, puisqu’il renvoie un signal de rareté, souligne Camille Defard, chercheuse en politique européenne de l’énergie à l’Institut Jacques-Delors. Elle est surtout soucieuse de la sécurité de ses approvisionnements en gaz, et pour cela, elle est prête à payer. »

Du côté français, on relève que toute réforme globale du marché de l’électricité prendra des mois, car il faudra un accord entre le Conseil, qui représente les États, et le Parlement européens. « En attendant, il faut des mesures transitoires », insiste Matignon. La Commission a présenté mardi 22 novembre une proposition qui bloque les prix du gaz au-delà d’un seuil. Elle doit être examinée ce jeudi 24 novembre par le conseil des ministres de l’énergie. Mais elle a peu de chances d’être adoptée.

Aux yeux des pays du Sud, dont la France, ce mécanisme est insuffisant, tandis que l’Allemagne craint de subventionner la consommation de gaz, et donc de faire rebondir la demande. « La difficulté vient de ce que la France et l’Allemagne n’ont pas les mêmes priorités : l’Allemagne veut surtout protéger son industrie, note Camille Defard. Et au sein de son gouvernement, Olaf Scholz doit composer avec des libéraux qui sont très réservés sur le besoin de solidarité européenne… »

Pars et Berlin ensemble contre le plan Biden

La France et l’Allemagne semblent donc très loin d’un accord sur la façon de parer à la crise énergétique. Au moins les deux gouvernements sont-ils décidés à discuter jusqu’à arriver à une position commune. Et ils semblent par ailleurs parler d’une même voix sur un autre sujet, le besoin de renforcer la politique industrielle de l’Union européenne et de réagir ensemble au plan Biden, l’Inflation Reduction Act (IRA).

Ce plan américain prévoit des aides massives à l’achat de véhicules électriques à condition qu’ils aient été construits sur le sol américain. Paris et Berlin s’alarment du risque de voir de grands groupes industriels européens céder à la pression pour implanter des usines aux États-Unis, ce qui les amènerait à moins investir sur le continent européen. La France et l’Allemagne ont indiqué leur détermination à réagir de concert pour tenter de convaincre Washington d’amender son plan.

Les deux capitales souhaitent également promouvoir l’adoption d’une « règle de préférence européenne » pour les achats publics, à l’image du Buy American Act qui existe aux États-Unis. Tout en refusant une nouvelle guerre commerciale avec les États-Unis, le ministre français de l’économie Bruno Le Maire reconnaît que « nous sommes entrés dans un monde où les grandes puissances se respectent mais ne se font pas de cadeaux ». Et Robert Habeck d’insister : « Si la négociation avec les États-Unis échoue, nous prendrons des mesures. » Les deux pays envisagent, en premier lieu, une plainte de l’UE devant l’Organisation mondiale du commerce.

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La Norvège devient le premier fournisseur de gaz pour l’UE

La Norvège est devenue le principal fournisseur de gaz naturel de l’Europe du fait de la réduction des livraisons russes. Et son rôle va encore se renforcer : le géant énergétique norvégien Equinor va investir 1,4 milliard d’euros pour développer en Norvège un nouveau gisement gazier sous-marin qui permettra d’approvisionner le continent européen. L’Union européenne va par ailleurs conduire des discussions avec la Norvège pour conclure un premier contrat d’achat groupé de gaz. Elle va expérimenter ce mécanisme qu’elle souhaite développer.

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